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Les végétariens : raisons et sentiments

Les végétariens : raisons et sentiments, d’André MERY, 2002.

Thèmes : végétarisme, alimentation, philosophie

Ce livre m’a été conseillé par un ami, végétarien pur et dur depuis environ vingt ans, pour qui cette lecture aurait été un élément déclencheur de son changement d’alimentation. J’en attendais alors une grande impression mais j’ai été fortement déçu car il s’agit d’un ouvrage à portée bien plus philosophique que scientifique sur les motivations du végétarisme. Ne cherchez pas dans ce livre des chiffres, des statistiques, des éléments clés : la portion « raison » est minuscule face à la partie réservée aux « sentiments ». Pourtant, malgré un auteur borderline fanatique, tout n’est pas à jeter dedans.

Deux éléments clés constituent selon moi le corps de ce livre. Premièrement, l’auteur construit une définition du végétarisme qui lui est propre et construit sa réflexion tout au long des pages selon cette définition. Elle est sévère et un peu sectaire, fortement imprégnée de morale, et je me permets de la recopier ici car elle est cruciale à la compréhension de mon ressenti post-lecture :

« Nous appellerons végétarien toute personne qui, de sa propre volonté librement réfléchie, sans que ce comportement soit une contrainte, et sans que ce soit pour un motif de bénéfice égoïste, s’abstient, lorsque cela est humainement évitable dans les conditions où elle se trouve, de supprimer directement ou indirectement la vie des animaux pour quelque raison que ce soit, et, si cela arrive néanmoins, d’en tirer un quelconque profit. »

Cela signifie par exemple que quelqu’un devenant végétarien mais ressentant un manque de ne plus consommer de viande ne peut se décrire en tant que tel. Quelqu’un ne consommant plus de viande pour des raisons de santé ne peux pas non plus bénéficier de cette appellation. Un végétarien, toujours selon cette définition, ne peut consommer d’œufs, de lait ou encore porter la fourrure d’un animal trouvé mort sur le bas-côté de la route.

Le deuxième élément crucial à prendre en compte ne se trouve pas dans le contenu mais dans la date de parution. L’auteur emploie une statistique (assez déplorable d’ailleurs, sur 150 membres d’une même association végétarienne, mais peut-être n’avait-il pas mieux) pour décrire les raisons d’être végétarien. Arrivent dans l’ordre décroissant d’importance : le bien-être animal, la santé, l’environnement. En consultant ma dizaine de connaissances végétariennes et le plus vaste panel de ceux qui ont réduit leur consommation de viande ou encore mes propres priorités, je me suis rendu compte qu’aujourd’hui l’environnement est passé au premier rang, avec le bien-être animal peu loin derrière ou à égalité. Le livre est donc ancré dans une époque avec des motivations différentes pour ce mouvement (ou tout du moins pour les membres de l’association végétarienne sondée), d’où un ouvrage portant plus sur l’aspect philosophique et moral du végétarisme (globalement, le respect de toute vie, qu’elle soit humaine ou non).

L’auteur tente pourtant de consolider son œuvre en débutant par des chapitres de « raison », traitant ainsi d’aspects concrets comme l’impact environnemental des élevages, la pauvre condition des bêtes notamment dans les grands cheptels, le faible rendement calorifique d’une alimentation carnée, l’aspect bénéfique sur la santé que peut avoir un régime végétarien, quelques aspects de nutrition, etc. Seulement, si vous souhaitez approfondir vos connaissances sur ces sujets, je vous conseille plutôt de passer votre chemin. En effet, André Méry est un convaincu à la limite de la ferveur religieuse pour son mouvement et cela se ressent, d’abord dans son style d’écriture puis dans son argumentation. Selon les chapitres, il fait preuve soit de malhonnêteté volontaire soit d’une pauvre compréhension des processus scientifiques. Par exemple, dans son chapitre sur la nutrition, il se méprend en déclarant que la vitamine B12 est largement disponible dans le règne végétal, oubliant de mentionner que ces formes ne sont pas bio-disponibles (i.e. non assimilables). Il passe également au travers du fait que certaines études ont montré que les végétariens pouvaient montrer plus de carences en vitamine D que les omnivores. Pour être honnête, j’ignore si ces informations lui étaient disponibles à l’époque (même si sur PubMed plusieurs publications existaient déjà dans les années 90 sur la vitamine B12 dans un régime végétarien, la première datant apparemment de 1955 en Grande-Bretagne) mais ça n’en reste pas moins dommage et même dangereux, sachant que plusieurs nutritionnistes vegan recommandent de se complémenter en vitamine B12 (se référer par exemple à https://veganhealth.org/).

Mais il ne s’agissait là que d’un exemple de dérive, les principaux défauts de l’ouvrage se trouvent dans sa forme et sa crédibilité est largement mise en déroute en tant que source d’information par deux malfaçons. Premièrement, l’auteur cite presque exclusivement des ouvrages végétariens ou vegans (quand il en cite tout court, le passage sur les bienfaits du végétarisme sur la santé est pauvre en sources). Même pour parler de malnutrition dans le monde, un sujet probablement traité par beaucoup d’ouvrages, l’auteur cite une source tirée d’un livre pro-végétarien, portant ainsi un doute sur la justesse des chiffres présentés ou sur l’interprétation qui en est faite. Peut-être que ces informations sont véridiques mais de piocher dans un seul sac, ce n’est pas là un processus scientifique rigoureux. Il est très dommage de ne pas employer des sources non biaisées (i.e. présentant des chiffres sans un intérêt de convaincre derrière) sur des sujets généraux.

Le deuxième point critique porte sur un argumentaire fragile sur beaucoup de sujets : l’auteur raisonne énormément en invoquant un ou plusieurs exemples d’un propos et en concluant que ce propos en est donc vérifié, n’apportant pourtant aucune preuve de généralité (et il ne s’agit pas de contre-exemples démentant des hypothèses contre le végétarisme). Lui-même contredit ce processus dans le passage où il démontre qu’Hitler n’était pas végétarien (contrairement à la croyance commune) et déclare que de toute manière, ce ne sont pas quelques exemples de végétariens mauvais qui pourraient marquer tout le mouvement de fanatisme. Évidemment qu’il est absurde de faire des généralités à partir d’une poignée d’exemples, l’auteur ne s’en prive pourtant pas quand cela va dans son sens.

Notons tout de même quelques points intéressants :

  • Motivé par la portée philosophique et morale de son mouvement, l’auteur fait une recherche systématique de la vision du végétarisme dans plusieurs religions et mouvements philosophiques, de manière très succincte et en citant quelques textes, par exemple de la Bible ou du Coran. Cette approche n’est probablement pas courante.
  • Que quelques pages soient accordées au rendement de la viande sur le plan des calories finalement ingérées par l’homme était une bonne surprise. C’est un point que j’avais découvert dans Natural Capitalism mais que je n’ai que rarement retrouvé par la suite.
  • L’auteur aborde des points essentiels selon moi sur la consommation d’œufs et de lait, souvent ignorés du grand public : la production d’œufs et de lait à l’échelle commerciale implique nécessairement la mort d’animaux non-désirés, principalement les mâles.
  • L’auteur pose quelques questions de morales sur le respect de la vie humaine et le non-respect de la vie des « êtres inférieurs » qui pourraient en mener plusieurs à réfléchir. Le bien-être animal reste une priorité forte pour les végétariens d’aujourd’hui.

Je ne citerai pas cette fois-ci de points positifs et négatifs ou encore d’éléments cruciaux à retenir. Mon avis est largement négatif, de par le manque de crédibilité de l’auteur mais également à cause d’un contenu trop philosophique et moral par rapport à ce que je recherche habituellement dans un livre « intelligent » (i.e. que je lis pour apprendre).

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